La Trilogie du samedi : le phénomène sériel de M6 à la fin des années 90 et 2000

La Trilogie du samedi : le phénomène sériel de M6 à la fin des années 90 et 2000

Un créneau culte des années 90-2000 sur M6

À la fin des années 90, la chaîne M6 lance une case horaire devenue mythique : « La Trilogie du samedi ». Dès le 6 décembre 1997, chaque samedi en première partie de soirée, M6 diffuse trois épisodes de trois séries différentes, principalement américaines, aux tonalités fantastiques, science-fiction ou thriller. Adaptée du concept « Saturday Thrillogy » de la chaîne américaine NBC, cette programmation vise un public adolescent et jeune adulte, avide de frissons et de mystère. M6, alors surnommée « la petite chaîne qui monte », y voit un moyen d’innover et de s’imposer auprès des jeunes téléspectateurs, tandis que les grandes chaînes diffusent films et variétés en fin de semaine. Le pari est réussi : la Trilogie du samedi devient rapidement un rendez-vous incontournable pour des millions de fans en pyjama devant la télé. Le célèbre jingle d’introduction – trois cercles apparaissant à l’écran – sonne pour beaucoup la fin de la semaine et le début d’une soirée remplie de surnaturel et d’aventures.

Fondamentalement, la Trilogie du samedi a succédé aux « Samedis fantastiques » de M6 (1995-1997) qui proposaient déjà des séries de genre le samedi soir. Avec la Trilogie, M6 formalise le concept en installant un bloc fixe qui durera plus de dix ans, jusqu’au 13 décembre 2008, date à laquelle la chaîne tire discrètement sa révérence à ce programme culte. Entre-temps, la Trilogie aura profondément marqué la culture séries en France, au point que son nom évoque instantanément la nostalgie chez toute une génération de « sérivores ». Un retour symbolique a même eu lieu en 2018 (sur la chaîne 6ter, le mardi soir) pour surfer sur cette nostalgie. Mais c’est bien à la fin des années 90 et au début des années 2000 que la Trilogie du samedi a connu son âge d’or, révélant au public français une foule de séries devenues cultes.

Archives des programmes TV des samedis soirs de M6

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La trilogie du samedi en 1997
La trilogie du samedi en 1998
La trilogie du samedi en 1999
La trilogie du samedi en 2000
La trilogie du samedi en 2001
La trilogie du samedi en 2002
La trilogie du samedi en 2003
La trilogie du samedi en 2004
La trilogie du samedi en 2005
La trilogie du samedi en 2006
La trilogie du samedi en 2007
La trilogie du samedi en 2008

Un impact culturel et générationnel considérable

Au-delà d’une simple case horaire, la Trilogie du samedi a été un phénomène de société pour la jeunesse française des années 90-2000. Pour toute une génération de téléspectateurs, elle a instauré un rituel hebdomadaire : « le samedi soir, c’est séries sur M6 ». À une époque où ni le streaming ni le téléchargement illégal n’existaient (ou en étaient à leurs balbutiements), les fans de séries étaient tributaires de la diffusion télé. Beaucoup de jeunes renonçaient volontiers aux sorties du samedi soir pour rester scotchés devant M6, parfois entre amis, et suivre passionnément leurs shows préférés jusqu’au bout de la nuit. Certains se réunissaient même en groupe, transformant la soirée TV en moment de partage. Entendre le générique culte de la Trilogie du samedi suffisait à rassembler les sérivores devant l’écran.

Il faut se remettre dans le contexte technologique de la fin des années 90 : Internet n’en était qu’à ses débuts, les réseaux sociaux n’existaient pas, et les spoilers ou informations sur les séries circulaient très peu. Ainsi, la plupart des jeunes fans ignoraient ce qui se passerait dans les saisons suivantes de leurs séries favorites – à moins de lire quelques maigres brèves dans la presse TV ou les magazines pour ados. L’attente de la diffusion française créait donc un suspense réel et une ferveur aujourd’hui difficiles à imaginer. On guettait la moindre info sur la suite des aventures de Buffy ou des soeurs Halliwell dans des magazines spécialisés, comme Séries Mag ou Episode. Cette dépendance au diffuseur permettait aussi à M6 de programmer les séries à sa guise, sans craindre de perdre son public : les fans n’avaient d’autre choix que de suivre le rythme imposé, même si les épisodes étaient parfois diffusés dans le désordre ou à des horaires changeants.

La Trilogie du samedi a ainsi contribué à populariser massivement les séries télévisées américaines en France, en particulier auprès des adolescents et des jeunes adultes. Avant cela, les séries de science-fiction ou fantastiques étaient plutôt cantonnées à des niches ou à des diffusions tardives. En offrant prime-time aux vampires, sorcières et aliens, M6 a ouvert la voie à une véritable explosion des séries TV en France. On peut estimer qu’elle a préparé le terrain à l’âge d’or des séries dans les années 2000 et 2010, où les séries US ont envahi les grilles et où les chaînes hertziennes comme la TNT ont multiplié les soirées « 100% séries ».

Sur le plan des thématiques et de la pop culture, la Trilogie du samedi a aussi eu une influence non négligeable. D’abord, elle a introduit dans le langage courant et l’imaginaire collectif toute une galerie de personnages et de références cultes. Les adolescents des années 90-2000 se sont identifiés aux héros qu’ils voyaient grandir à l’écran, qu’il s’agisse des lycéens chasseurs de vampires de Buffy ou du jeune Clark Kent de Smallville. Les discussions du lundi au lycée tournaient souvent autour du dernier épisode diffusé. Des communautés de fans se sont créées, bien avant l’ère des réseaux sociaux, via des forums internet naissants ou des fanzines. M6 elle-même organisait parfois des événements ou concours autour de ces séries.

Un aspect marquant de l’héritage de la Trilogie concerne les figures féminines qu’elle a mises en avant. Contrairement à beaucoup de programmes de l’époque, plusieurs séries du samedi soir avaient pour protagonistes des femmes fortes, indépendantes et courageuses – Buffy Summers, bien sûr, mais aussi les sœurs Halliwell de Charmed, Max de Dark Angel ou Sydney d’Alias. Selon le magazine Slate, la Trilogie du samedi « a créé des modèles féminins pour toute une génération » de jeunes filles. Voir des héroïnes sauver le monde chaque semaine a contribué à changer le regard du public sur les personnages féminins à la télévision, en prouvant qu’elles pouvaient porter des shows d’action ou de fantastique à succès. Cette influence se ressent encore aujourd’hui : nombre de créateurs de séries actuelles, ayant grandi devant Buffy ou Charmed, revendiquent l’héritage de ces personnages emblématiques.

Enfin, la Trilogie du samedi a laissé une empreinte durable dans la culture populaire française, au point que la simple évocation de son nom déclenche une vague de nostalgie. Des articles rétrospectifs, des quiz (« es-tu de la génération Trilogie du samedi ? ») et des événements spéciaux (marathons de vieilles séries) lui ont été consacrés. Pour les trentenaires et les quarantenaires d’aujourd’hui, elle demeure une sorte de madeleine de Proust audiovisuelle, le symbole d’une époque où l’on découvrait en même temps que ses copains des univers imaginaires chaque samedi soir.

Coulisses et anecdotes : entre succès et revers de la médaille

Derrière le succès public de la Trilogie du samedi, l’histoire de ce programme culte recèle de nombreuses anecdotes de coulisses sur la manière dont M6 a géré ce marathon sériel hebdomadaire.

Tout d’abord, la genèse du concept est à souligner. M6 a eu l’idée de la Trilogie en observant le modèle américain de NBC, qui diffusait en 1996 un bloc baptisé « Saturday Thrillogy » : la version française reprend d’ailleurs presque à l’identique le trio de séries avec Le Caméléon, Dark Skies et Profiler, à la différence près qu’aux États‑Unis, Dark Skies est programmé juste avant Le Caméléon. La Trilogie démarre fin 1997 en fanfare, le 6 décembre 1997 pour être exacte, mais elle est en réalité l’aboutissement de deux ans de tâtonnements avec « Les samedis fantastiques» . La première bande‑annonce de la Trilogie promettait « trois bonnes raisons de passer la soirée sur M6 » – un slogan à la hauteur de l’ambition de la chaîne, qui misait gros sur cette case du samedi pour doper son audience prime‑time du week‑end.

La programmation en elle-même a connu quelques ajustements au fil du temps. Jusqu’en 2001, M6 respectait le principe immuable des trois séries différentes chaque samedi (généralement une vers 20h50, une vers 21h40, une vers 22h30). Mais en 2002, un événement vient bousculer cette routine : M6 lance « Le Loft du samedi soir », une émission de télé-réalité/débat autour de Loft Story diffusée en deuxième partie de soirée. Pour faire de la place à ce programme et capitaliser sur la vague Loft Story, la chaîne réduit alors la Trilogie à deux séries par soirée au lieu de trois. Progressivement, M6 choisira même de diffuser plusieurs épisodes à la suite d’une même série (par exemple trois épisodes inédits de Smallville d’affilée), rompant avec le concept originel de la trilogie de séries différentes. Ce changement – dicté par la concurrence des nouvelles formes de divertissement – a pu décevoir certains fans historiques, mais il reflétait l’évolution du paysage médiatique du début des années 2000.

La gestion des séries à l’antenne a parfois donné lieu à des décisions contestées. M6 n’a pas hésité, en effet, à déprogrammer brutalement certaines fictions si les audiences fléchissaient.

  • Par exemple, en décembre 2006, en pleine Trilogie, la chaîne retire la série Commander in Chief après seulement 12 épisodes (sur 18 produits) en raison de ses performances insuffisantes, reléguant la suite sur sa chaîne du câble Téva.
  • De même, en 2007, Jericho (drame post-apocalyptique) subit un sort expéditif : alors que la première saison était diffusée, M6 décide de remplacer les trois derniers épisodes prévus par des rediffusions de NCIS faute d’audience satisfaisante.
  • Smallville aussi n’a pas été épargnée par les mauvais traitements : lors de sa saison 7, la série, en perte de vitesse, a été rétrogradée du rang de programme d’ouverture de soirée à une diffusion reléguée en troisième partie de soirée. Ces changements à la dernière minute ont frustré plus d’un téléspectateur, contraint ensuite de chercher les épisodes manquants par ses propres moyens.
  • Un autre cas emblématique concerne Stargate SG-1 : En 2007, M6 interrompt brutalement en cours de route la diffusion de la saison 10 de Stargate SG-1, laissant les téléspectateurs sur leur faim en s’arrêtant à la moitié de l’ultime salve d’épisodes. Ce coup d’arrêt, vécu comme un véritable crève-cœur par les fans, illustre le manque de considération croissant pour les séries : il faudra en effet patienter trois ans, jusqu’en 2010, pour que les épisodes restés inédits soient enfin proposés en clair sur NRJ12.

Ce manque de considération a été vécu comme un crève-cœur par les fans – et annonce, d’une certaine façon, les pratiques décriées des années suivantes où les séries sont parfois malmenées sur les grandes chaînes (changement d’horaires, saisons incomplètes…).

On notera pour finir quelques faits insolites autour de la Trilogie du samedi. Par exemple, le nom même de « Trilogie » a perduré alors même qu’il n’y avait plus trois séries à l’antenne – une entorse relevée par les téléspectateurs moqueurs en fin de parcours. Le générique culte, lui, n’a presque pas changé pendant 10 ans (jusqu’à un relooking en 2008) : ces trois cercles noirs sur fond vert, formant le chiffre 3, restent associés dans la mémoire collective aux frissons du samedi soir. M6 avait même décliné la marque en hors-série : une « Trilogie du mardi » a été tentée sur 6ter en 2018, tout comme TF1 avec « 1, 2, 3 Séries » entre 1997 et 2000.

Les audiences

Entre 1998 et début 2005, la Trilogie connaît une véritable montée en puissance avant de s’essouffler progressivement : après une phase d’installation où Le Caméléon impose un socle solide autour de 3 à 3,8 millions de fidèles pour 14 à 18% de part de marché, mais sans devenir un phénomène, l’arrivée de Charmed fait basculer la case dans une autre dimension avec des lancements proches des 4,5 à 4,8 millions et des soirées régulièrement au-dessus des 3,5–4 millions et de 18–20% de PDA, installant la série comme la locomotive incontestée du samedi ; au tournant des années 2000, Charmed et Le Caméléon structurent un premier âge d’or, tandis que les tentatives plus modestes comme FX, effets spéciaux ou Roswell peinent à dépasser 1,5–2,5 millions et restent clairement en dessous des standards de la case. La seconde partie de la période est marquée par la relève assurée par Smallville, qui démarre très haut autour de 3,5–3,8 millions avec des pics proches de 19% et confirme rapidement son statut de hit, même si l’on voit, au fil des saisons, une érosion en volume (de plus en plus d’épisodes sous les 3 millions) compensée par des parts de marché encore solides sur les cibles jeunes. À côté des locomotives, Dark Angel et Dead Zone s’installent comme des séries correctes mais limitées, oscillant globalement entre 2,5 et 3,5 millions pour 11 à 16% sans retrouver l’effet événementiel de Charmed ou Smallville, et l’on observe à partir de 2004–2005 un net tassement, particulièrement visible sur Dead Zone, dont les audiences refluent parfois sous les 2,5 millions et les 10% de PDA. Au global, la courbe raconte donc une histoire très nette : Le Caméléon pose les fondations, Charmed puis Smallville façonnent l’âge d’or, puis, à mesure que ces marques s’usent et que les nouveautés n’atteignent plus le même niveau, la Trilogie glisse d’un rendez-vous ultra‑fédérateur vers une case encore identifiable mais moins événementielle qu’à la fin des années 90 et au tout début des années 2000.

Sur la première période, grosso modo de 1998 à 2002, la « Trilogie du samedi » s’impose comme un rendez‑vous incontournable, portée par des séries comme Le Caméléon et  Charmed, régulièrement au‑delà des 3,5 à 4,5 millions de téléspectateurs, avec des parts de marché très élevées, souvent comprises entre 17 et plus de 20 %. C’est l’âge d’or : les lancements de saisons et les épisodes événements culminent autour de 4 à 4,8 millions, avec des PDA qui peuvent dépasser les 21–23 %, faisant de la case un véritable bloc puissant du samedi soir.​

Entre 2003 et 2005, la marque reste solide mais commence à se tasser, même si l’arrivée de Smallville et la poursuite de Charmed et Dead Zone maintiennent les niveaux d’audience autour de 3 à 4 millions sur les meilleures soirées. La part de marché, en revanche, reflète déjà une érosion : on passe d’un cœur de cible installé autour de 17–20 % à des soirées plus fréquemment situées entre 14 et 17 %, avec des rediffusions ou des programmes plus fragiles qui descendent parfois vers les 12–13 %. On voit aussi apparaître les premiers signaux d’alerte avec certains épisodes moins fédérateurs de Dead Zone ou de rediffusions de Charmed déjà cantonnés autour de 2,1 à 2,6 millions de téléspectateurs et à peine 11–13 % de PDA, des niveaux qui contrastent avec le haut de la fourchette de la période, tandis que des séries plus de niche comme Roswell ne dépassent que rarement les 1,6 million de fidèles et plafonnent autour de 10–12 % de part de marché, bien loin des standards historiques de la case.​

La rupture la plus nette intervient à partir de 2005–2006, quand les grandes séries historiques s’essoufflent ou approchent de leur fin et que la concurrence se durcit fortement sur le samedi. Smallville , en début de saison 5, peut encore faire 3 à 3,5 millions de fidèles sur certains épisodes, mais tombe aussi à environ 1,2 million de téléspectateurs avec une part de marché autour de 4,9 %, un gadin spectaculaire pour une case qui avait longtemps culminé bien au‑delà de 20 % de PDA. Dans le même mouvement, les ultimes saisons de Charmed signent des soirées à peine au‑dessus de 2,2 millions pour moins de 10 % de part de marché, là où les meilleures années de la série tournaient autour de 3,5 à 4 millions et plus de 17–18 %.​

La dernière phase, de 2007 à 2008, ressemble à une fin de cycle : Les 4400 , Medium  ou Kyle XY signent encore quelques beaux scores autour de 3 millions, mais la plupart des soirées plafonnent entre 2 et 2,7 millions, avec une PDA qui se stabilise majoritairement dans la zone 10–13 %.

En conclusion, La Trilogie du samedi reste un monument de la télévision des années 90-2000 en France. Ce bloc du samedi soir a non seulement permis de découvrir des séries cultes qui ont façonné la pop culture française (beaucoup se souviennent encore avec émotion de Buffy dégainant son pieu ou de Prue, Piper et Phoebe récitant une incantation dans le Manoir Halliwell), mais il a aussi créé un véritable phénomène de société autour du visionnage sériel hebdomadaire. Son impact culturel se mesure au fait que, des années plus tard, on parle toujours d’elle avec passion. Pour toute une génération, la Trilogie du samedi symbolise l’âge d’or où l’on vivait au rythme des séries TV, avant l’ère du streaming à la demande. Ce rendez-vous culte a façonné les habitudes de consommation de séries en France et a contribué à ouvrir grand les portes de l’imaginaire à la télévision française. Plus de dix ans après sa disparition, son souvenir demeure vivace – et il n’est pas rare qu’un trentenaire lâche encore, le sourire aux lèvres : « Ah, la Trilogie du samedi… c’était le bon temps ! »

Rétrospective des séries diffusées

Le catalogue de séries proposé au fil des ans dans la Trilogie du samedi est impressionnant. De 1997 à 2008, on y compte une quarantaine de fictions, dont beaucoup appartiennent au registre fantastique ou science-fiction, mais aussi quelques thrillers policiers.

Les génériques

Le générique le plus emblématique de la Trilogie du samedi est celui utilisé de 1997 à 2006, avec son habillage sombre, son montage de séries cultes et sa musique immédiatement reconnaissable, qui a marqué toute une génération de téléspectateurs et participé à faire de la case un véritable rendez‑vous événementiel. À partir de 2007, le générique est entièrement renouvelé : visuels plus modernes, rythme plus dynamique et identité graphique remise au goût du jour, traduisant la volonté de M6 de dépoussiérer la marque tout en conservant l’idée d’un bloc de fictions fortes regroupées sous une même bannière.

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