Aux origines : le premier « JT musical » de M6 (1996)
En septembre 1996, la chaîne M6 innove en lançant Plus vite que la musique, présenté comme le premier journal télévisé musical en France. Ce magazine court (20 minutes) est diffusé chaque samedi vers 20h05, juste avant La trilogie du samedi, et propose un condensé de l’actualité du monde de la musique. L’ambition affichée par M6 est de permettre au grand public « de découvrir en 7 minutes tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la musique sans jamais avoir osé le demander », selon la présentation de l’époque. L’émission se veut un vrai JT de la musique, avec chaque semaine des faits marquants, des images exclusives, des interviews d’artistes et même une « grande enquête ». Ce concept inédit vise à briser les barrières entre les “tribus” musicales et à décoder les jargons, afin de donner les clés d’un univers trop souvent réservé aux fans ou aux spécialistes.
Dès sa première diffusion le 7 septembre 1996, Plus vite que la musique impose son rythme dynamique et son ton résolument moderne. L’émission est produite par Capital Production (filiale de M6 dirigée par Emmanuel Chain à l’époque) et bénéficie d’un habillage visuel innovant. Le générique d’ouverture, réalisé en animations colorées sur fond de musiques variées (rap, rock, classique, techno), met en scène un logo circulaire avec un signe « + » noir tournoyant au rythme de la musique, symbolisant la diversité des genres. Ce générique percutant se conclut par un son d’avion qui décolle puis explose en un éclat sonore, faisant apparaître le titre de l’émission en lettres cursives noires sur fond blanc – une manière de signifier que l’actualité musicale « décolle » elle aussi plus vite que le reste. Le ton est donné : rapide, ludique et éclectique.
Christophe Crénel et la formule originale (1996-1999)
Le premier visage de Plus vite que la musique est Christophe Crénel, un journaliste et musicien trentenaire, issu de Radio France et déjà spécialiste musical sur M6 (il animait notamment Culture Rock). Avec son costume sombre assorti de baskets et sa boucle d’oreille, Christophe Crénel apporte un style décontracté et un ton humoristique qui parlent aux jeunes téléspectateurs. Sous son impulsion, l’émission adopte un rythme vif fait d’alternance entre plateaux en studio et reportages. Chaque numéro débute par un sommaire rapide, puis le présentateur enchaîne de courts sujets qui prennent la forme de brèves en images, d’interviews d’artistes, d’extraits de vidéoclips ou de mini-documentaires. Crénel lance les sujets comme le ferait un présentateur de JT, avec une touche de dérision propre à M6.
Dès la première saison, plusieurs rubriques récurrentes structurent le sommaire :
- L’homme de la semaine : coup de projecteur sur l’actualité d’un artiste en particulier.
- L’actu : une succession de brèves sur les news musicales du moment, en France et à l’international.
- Le dossier : un reportage plus long, consacré à un phénomène musical ou à un artiste qui fait l’événement (un courant musical émergent, la sortie d’un album attendu, etc.).
- L’exclusivité (ou Le cadeau) : présentation en avant-première d’un vidéoclip inédit ou d’un titre exclusif.
- Stars (parfois nommée Étoiles) : une rubrique consacrée aux faits et gestes des stars de la musique, sorte de revue de presse people musicale.
Chaque fin d’émission propose un clin d’œil original : un “plateau météo” musical, où le présentateur, devant une carte de l’Europe, énumère les meilleures ventes de disques pays par pays, à la manière d’un bulletin météo. Ce gimmick ludique deviendra l’une des marques de fabrique de Plus vite que la musique.
Christophe Crénel imprime sa patte jusqu’à l’été 1999. Durant cette période, la formule évolue pour rester fraîche. À partir du 12 septembre 1997, l’émission s’enrichit d’un pré-générique humoristique où le présentateur se met en scène dans une courte saynète introductive. Le décor studio gagne en fantaisie grâce à des incrustations vidéo et effets spéciaux : il arrive que Christophe Crénel soit dupliqué à l’écran, rapetissé ou envoyé voler dans les airs, apportant une touche décalée en phase avec l’esprit jeune de la chaîne. Surtout, un personnage va marquer les esprits à partir de la rentrée 1997 : Raymond, le bouledogue français noir et blanc du présentateur, devient la mascotte officielle de l’émission.
Raymond, la mascotte reporter et nouvelles rubriques (1997-1999)
Raymond, le bouledogue mascotte de l’émission, était mis à contribution pour interviewer les artistes sur le terrain, devenant un élément emblématique du succès de Plus vite que la musique. Il portait un petit manteau avec les questions cachées dans la poche : une touche d’humour décalé qui a beaucoup plu au jeune publicbestbulldogblog.over-blog.fr.
L’apparition de Raymond enrichit le côté divertissant du magazine musical. Ce bouledogue français mâle (de son vrai nom Marquis du Court d’Arc) est présenté comme un co-animateur canin : il accompagne Christophe Crénel sur certains plateaux et surtout il part réaliser des micro-reportages amusants. Affublé d’un blouson avec un questionnaire glissé dans la poche, Raymond va « interviewer » les artistes en coulisses, les renifler ou les déstabiliser gentiment, ce qui donne lieu à des séquences humoristiques. À partir de septembre 1997, une rubrique entière lui est dédiée : Le choix de Raymond, un reportage décalé où le chien-journaliste présente son coup de cœur de la semaine. Cette idée originale séduit le public jeune et contribue à la notoriété de l’émission – au point que de nombreux bouledogues nés à la fin des années 90 seront baptisés “Raymond” en clin d’œil, et qu’une personne rapportera même s’être fait arrêter en voiture par un policier attendri qui, voyant son bouledogue à la fenêtre, lui demanda si c’était un « Raymond de M6 »bestbulldogblog.over-blog.fr !
Parallèlement, Plus vite que la musique continue d’ajouter des rubriques pour coller au plus près de l’actualité musicale. Toujours fin 1997, la séquence Extra-Terrestre apparaît : chaque semaine, un portrait d’un artiste hors normes ou inclassable est dressé, pour montrer l’excentricité du monde musical. L’émission n’hésite pas à parler de tous les styles (du rap à la techno en passant par le rock alternatif ou la variété) et revendique son ouverture d’esprit musicale.
À la rentrée de septembre 1998, de nouveaux réalisateurs prennent en main l’émission (Xavier Pujade Lauraine puis Daniel Ablin) et la formule est légèrement rafraîchie visuellement. Le sommaire par exemple est désormais présenté en voix off par Christophe Crénel, avec des extraits des sujets qui défilent dans un coin de l’écran, tandis que le mot « Sommaire » s’affiche en lettres capitaleslenodal.com. Ces ajustements gardent l’émission dynamique et facile à suivre.
Passation de flambeau : Héléna Noguerra modernise le concept (1999-2001)
Début septembre 1999, Plus vite que la musique connaît son premier grand changement de visage. Christophe Crénel quitte la présentation (dernière le 4 septembre 1999) et la chaîne confie l’animation à Héléna Noguerra, connue alors comme chanteuse, mannequin et animatrice montante. Héléna Noguerra apporte une touche plus glamour et féminine à l’émission, tout en conservant l’humour et le ton enjoué qui font son succès. Agée d’une trentaine d’années à l’époque, elle joue de son charme à l’antenne avec des tenues jeunes et sophistiquées, et adopte un ton complice avec le public. Son débit assuré et son joli minois en font rapidement une figure emblématique du programmeinfoconcert.com. À noter qu’elle ne débarque pas en terrain inconnu : Héléna avait déjà collaboré avec M6 sur des programmes musicaux (Mister Biz, Une journée avec…).
Sous l’ère Noguerra, le contenu évolue encore. Dès son arrivée (5 septembre 1999), la rubrique Planète TV est introduite : elle propose chaque semaine un tour d’horizon des meilleures émissions musicales à l’étranger, faisant découvrir aux téléspectateurs français les équivalents de Hit Machine ou Top of the Pops ailleurs dans le monde. La rubrique consacrée à Raymond, quant à elle, change de nom : Le choix de Raymond devient La truffe de Raymond, sans doute pour souligner l’idée du chien fouineur qui déniche les bons plans (le bouledogue reste de la partie aux côtés d’Héléna). Une autre innovation insolite est l’apparition d’un personnage virtuel prénommé Pedro : ce journaliste en images de synthèse intervient dans certains reportages, ajoutant une dimension high-tech et humoristique (un précurseur des animateurs virtuels).
Héléna Noguerra conserve globalement la même structure d’émission héritée de son prédécesseur, tout en apportant quelques nouveautés à partir de mars 2000 : il lui arrive désormais de recevoir des invités en plateau. En effet, à partir du 4 mars 2000, la présentatrice accueille parfois un artiste directement sur le plateau pour une brève interview en direct, en complément des sujets pré-enregistrés. Cette évolution rapproche encore Plus vite que la musique d’un talk-show musical, bien que son format reste court. Héléna instaure ainsi un rendez-vous très apprécié où, en 7-8 minutes chrono, on peut voir un artiste venir parler de son actualité du moment et lancer lui-même un clip ou un reportage.
Visuellement, le générique et le décor connaissent aussi des ajustements en 2000. Le générique d’ouverture est modernisé mais garde son concept (logo « + » tournoyant sur fond blanc avec explosion sonore finale) et sa musique entraînante. Héléna Noguerra, de son côté, hérite bien sûr du fidèle Raymond pour co-animer à ses côtés – l’image d’une jolie présentatrice accompagnée de son bouledogue a de quoi surprendre les nouveaux téléspectateurs et devient un véritable symbole de l’émission. Les sketches en pré-générique se poursuivent, souvent avec Héléna et Raymond mis en scène dans des situations cocasses avant de lancer le sommaire.
Durant cette période (1999-2001), Plus vite que la musique consolide son statut d’émission culte pour les amoureux de la pop culture musicale. M6 n’hésite pas à en faire la vitrine de ses événements spéciaux. Le magazine propose ainsi des émissions spéciales lors d’occasions particulières : par exemple des numéros dédiés aux Brit Awards (les récompenses de la musique britannique), à la Love Parade de Berlin (grand rassemblement techno européen), ou à la Fête de la Musique. Dans ces cas-là, la durée peut être étendue et le contenu est adapté pour couvrir l’événement (reportages sur place, interviews spéciales, etc.). L’émission rend également hommage à des artistes disparus ou propose des portraits au long cours quand l’actualité s’y prête. Cette souplesse éditoriale lui permet de rester pertinente tout en surprenant régulièrement son audience.
Héléna Noguerra présente Plus vite que la musique jusqu’au 30 juin 2001, date à laquelle elle quitte l’antenne (pour se consacrer ensuite à sa carrière musicale et d’actrice qui décolle à ce moment-là). Sa période à la tête de l’émission aura été marquée par une popularité grandissante du programme, dû en partie à son charisme et à ces petites touches de modernisation.
Gaël Leforestier et la fin d’une époque (2001-2002)
À la rentrée de septembre 2001, Plus vite que la musique entame une troisième vie avec un nouvel animateur : Gaël Leforestier. Ce jeune animateur passé par France 2 rejoint M6 et reprend le flambeau dès le 8 septembre 2001. Plutôt que de simplement dupliquer la formule précédente, la chaîne opère quelques changements notables pour cette saison, comme pour insuffler un vent de nouveauté. Gaël Leforestier, alors âgé de 26 ans seulement, apporte son énergie et son style décontracté (jean, look de tous les jours) à l’écran. Son ton reste dans la lignée de ses prédécesseurs : dynamique, complice et “fun”.
La principale innovation de cette période est le concept de la « Plus Vite Mobile » : durant quelques numéros au second semestre 2001, Gaël Leforestier ne présente plus depuis un studio classique, mais depuis l’intérieur d’une grosse voiture américaine aménagée en plateau TV. Il parcourt les rues de Paris au volant de cette voiture-studio, avec des caméras embarquées, et y reçoit ses invités en route ! Ce dispositif original (rappelant un peu le principe du Carpool Karaoke avant l’heure) donne un coup de jeune au magazine. Entre le 8 septembre et le 27 octobre 2001, Gaël et son équipe sillonnent ainsi Paris en “road movie” musical hebdomadaire, accompagnés bien sûr par le fidèle Raymond le bouledogue. Un nouveau compère fait même son apparition aux côtés de Gaël : Dédé, un grand gaillard blond qui joue les garde-du-corps potache, vient épauler l’animateur dans ses pérégrinations motorisées.
Après cette parenthèse itinérante, Plus vite que la musique retourne en studio fin octobre 2001, sans doute pour des raisons techniques et logistiques. Le 27 octobre 2001 marque le retour à un plateau plus conventionnel, même si le décor est refait à neuf. Le nouveau studio adopte une forme circulaire rappelant le logo de l’émission (deux cercles concentriques), avec des projecteurs tout autour et un fond blanc très épuré. Gaël Leforestier continue d’imprimer son style jovial sur ces plateaux plus sages, toujours accompagné de Raymond à l’occasion. Les rubriques récurrentes instaurées dans les années 90 sont cependant abandonnées à partir de cette saison : plus de « Homme de la semaine » ni « Actu » formalisés par des cartons à l’écran – la formule devient plus libre, chaque sujet étant introduit de manière fluide sans segment titré. On revient en somme à un déroulé plus proche d’un journal classique, mais orienté musique.
Gaël Leforestier présente Plus vite que la musique jusqu’au 29 juin 2002, date de la dernière émission de cette première époque. M6 décide alors d’interrompre le programme, du moins sur son antenne principale, peut-être parce que l’audience de la case de l’access du samedi décline ou parce que la chaîne souhaite renouveler son offre musicale. Quoiqu’il en soit, la période 1996-2002 aura vu Plus vite que la musique s’installer comme un rendez-vous incontournable pour les fans de musique, avec trois animateurs aux styles différents mais complémentaires, et un ton unique alliant information et divertissement.
Notons que Gaël Leforestier ne sera pas resté inactif par la suite : après ce « passage éclair » sur M6, il poursuivra une carrière d’animateur sur d’autres chaînes et se reconvertira dans la réalisation (on le retrouvera notamment comme auteur de séries humoristiques à succès plus tard)telestar.frtelestar.fr. Son passage dans Plus vite que la musique aura été bref mais a contribué à marquer l’identité du programme en osant des concepts novateurs (comme le plateau mobile).
Une nouvelle formule sur M6 et W9 (2003-2004)
Après quelques mois d’absence, Plus vite que la musique revient sous une nouvelle formule en 2003. M6 décide en effet de relancer le magazine musical hebdomadaire, mais en le rajeunissant et en le confiant à de nouveaux visages. Le 8 février 2003, c’est Sandrine Quétier qui reprend la présentation de l’émission. Journaliste et animatrice d’expérience (elle co-animait Politiquement rock sur M6), Sandrine Quétier insuffle un ton toujours dynamique mais plus posé et grand public. Cette version 2.0 de Plus vite que la musique est toujours diffusée le samedi en access (20h05) et conserve le principe des plateaux + reportages sur l’actualité musicale mondiale. Cependant, le contenu est légèrement remanié pour s’adapter au début des années 2000 : les rubriques historiques cèdent la place à de nouvelles sections plus en phase avec le format court. On retrouve par exemple :
- Les News : l’équivalent des brèves d’actualité musicale, présentées en rafale en images, pour être à jour sur les dernières infos (sorties d’albums, annonces de tournées, palmarès de charts, etc.).
- Le Rag Mag : une rubrique plus axée people, passant en revue les potins et rumeurs concernant les stars de la musique (amours, clash, scoops de la semaine). Ce titre en argot (« ragots ») assume le côté potin pour attirer un public avide de news sur ses idoles.
Le reste de l’émission garde un schéma proche : annonce du sommaire, lancements de sujets par l’animatrice, et alternance d’interviews, de clips et de reportages courts. En fin d’émission, Sandrine Quétier innove en annonçant le sommaire du numéro suivant, créant un rendez-vous fidélisant pour la semaine d’après.
Visuellement, cette nouvelle version adopte un nouvel habillage très différent de l’original des années 90. Le générique est repensé : sur fond noir, des carrés lumineux de couleurs vives s’imbriquent façon mosaïque, portant le mot « Plus ». Ces motifs se déplacent et forment progressivement le titre complet dans un carré orange sur fond noir. La musique du générique est un mix électro-guitare rythmé, très années 2000. Le plateau change également : fini le fond blanc épuré, le studio 2003 est plus design high-tech, avec des écrans en verre et métal autour de la présentatrice. Dominante de couleurs sombres (noir, bleu nuit, gris métallisé) contrastées de néons blancs, pour un style plus “club” moderne. Sandrine Quétier, la trentaine également, adopte un look élégant tout en restant jeune (tenues noires ou colorées avec accessoires mode) et une présentation posée, souriante, dans la lignée d’un journal télévisé mais sur le ton de la confidence.
Cette mouture 2003 permet à Plus vite que la musique de perdurer quelque temps. Sandrine Quétier quitte la présentation après quelques mois (elle poursuit ensuite sa carrière sur France 2 puis surtout sur TF1), et c’est Anne-Gaëlle Riccio qui prend la relève à partir du 6 septembre 2003. Ancienne de Fan de, Anne-Gaëlle apporte son peps et son sourire à l’émission durant la saison 2003-2004. Enfin, en septembre 2004, une dernière animatrice, Laura Tabourin, récupère les rênes de Plus vite que la musique. Laura Tabourin sera la dernière présentatrice de cette formule hebdomadaire sur M6. L’émission s’arrête sur la chaîne fin 2004, marquant la fin de son aventure sur l’antenne hertzienne de M6.
Cependant, Plus vite que la musique ne disparaît pas complètement : le concept sera repris sur les chaînes du groupe M6 les années suivantes. On retrouvera notamment des déclinaisons sur les chaînes musicales du câble et de la TNT (M6 Music, MCM, W9…) où l’émission continuera d’être diffusée épisodiquement après 2004fr.wikipedia.org. Par exemple, l’animatrice Lorène Cazals présentera une formule quotidienne sur M6 Music vers 2005-2006, perpétuant l’esprit de Plus vite que la musique sur d’autres canaux du groupe. Preuve que ce format de flash info musical avait su trouver sa place et son public, au point de devenir une marque durable.
Anecdotes et moments marquants
Au fil de ses années de diffusion, Plus vite que la musique a accumulé son lot d’anecdotes savoureuses et de moments mémorables :
- Raymond, le bouledogue star : Véritable mascotte, le chien Raymond a apporté une touche d’humour unique en son genre. Sa popularité était telle qu’il a contribué à faire connaître la race du bouledogue français auprès du grand public. Beaucoup se souviennent encore de ce chien qui « interviewait » les artistes, ou apparaissait aux côtés d’Héléna Noguerra sur les plateaux. Sa renommée était telle que dans la rue on pouvait entendre des enfants pointer un bouledogue en disant « Regarde, un Raymond de M6 ! ». Un blog spécialisé rapporte même qu’un policier ayant arrêté une automobiliste l’a laissée repartir en souriant parce qu’elle avait un “Raymond de M6” à bord, preuve de l’affection suscitée par ce chien reporterbestbulldogblog.over-blog.fr.
- Des génériques haut en couleur : L’émission a souvent misé sur un habillage marquant. Outre le premier générique psychédélique de 1996, on peut citer le générique de 2000 où Héléna Noguerra et le chien Raymond jouent une courte scène humoristique en préambule (pré-générique sponsorisé par « M6 Interactions »), ou encore le générique de fin façon zapping de 1999 où, sur fond jaune, on voyait défiler des images des reportages de l’émission dans une petite fenêtre en haut de l’écran. Chaque évolution du générique reflétait l’air du temps et l’identité de l’animateur en place, ce qui fait que les nostalgiques peuvent souvent dater une séquence de Plus vite que la musique rien qu’en voyant son habillage visuel ou en entendant la musique qui l’accompagnait.
- Des émissions spéciales mémorables : Plus vite que la musique ne se contentait pas du format JT de 7 minutes, il savait aussi proposer des numéros spéciaux plus longs. Parmi les souvenirs marquants, on peut citer une émission spéciale dédiée à Daniel Balavoine en 2004 (présentée alors par Anne-Gaëlle Riccio) pour commémorer l’artisteyoutube.com. De même, la couverture des Brit Awards chaque année était très attendue des téléspectateurs car elle montrait des images exclusives de la prestigieuse cérémonie britannique, rarement diffusée sur les TV françaises à l’époque. La Love Parade de Berlin a également fait l’objet de reportages hauts en couleur, M6 n’hésitant pas à envoyer ses équipes au cœur de la foule techno pour faire vivre l’événement en quasi-direct. Et comment ne pas évoquer la spéciale Fête de la Musique 2001, où Plus vite que la musique retraçait l’histoire de cet événement populaire pour son 20ème anniversaire, en mélangeant archives INA et ambiance de la fête de rueinatheque.hypotheses.org – un contenu à mi-chemin entre l’info et le documentaire musical.
- Une vitrine pour les artistes : De nombreux chanteurs et groupes, français comme internationaux, sont passés par le plateau ou les interviews de Plus vite que la musique au fil des ans. C’était à la fois un lieu de promotion (présenter un nouveau clip, un album) mais aussi de découverte. Par exemple, l’émission a souvent été l’une des premières à parler de certains phénomènes émergents. Dans les années 90, elle a contribué à populariser la vague du rap français grand public en traitant de groupes comme IAM, NTM ou MC Solaar dans ses dossiers, ou encore en consacrant un sujet au phénomène de la French Touch électronique à la fin des 90s. Son format bref obligeait à aller à l’essentiel, ce qui donnait souvent des sujets percutants et efficaces, dont certains sont restés cultes pour les fans (on trouve encore sur internet des extraits, par exemple un sujet de 1997 sur The Prodigy avec Christophe Crénel, ou une interview de Benjamin Biolay en 2003 dans la rubrique anniversaireyoutube.com).
- Un titre d’émission entré dans le langage courant : L’expression « aller plus vite que la musique » existait bien sûr avant l’émission, mais le succès de cette dernière l’a presque ancrée dans la pop culture. Ce titre malin, reflétant l’idée d’être en avance sur les tendances musicales, a probablement contribué à la mémorisation du programme. Encore aujourd’hui, lorsqu’on évoque les programmes musicaux des années 90, Plus vite que la musique arrive spontanément dans la conversation des trentenaires et quadragénaires qui l’ont regardé à l’adolescence.
Héritage d’une émission culte
En l’espace de quelques années, Plus vite que la musique a su s’imposer comme un programme musical phare de M6 et a marqué toute une génération. Il a ouvert la voie à d’autres formats courts sur l’actualité du show-business musical, à une époque où Internet n’en était qu’à ses balbutiements et où il était rare de pouvoir faire le tour des news musicales en quelques minutes à la télévision. En ce sens, l’émission était en avance sur son temps : elle synthétisait l’information comme le feront plus tard les sites web et les réseaux sociaux, le tout avec un ton divertissant très télévisuel.
Beaucoup d’anciens téléspectateurs gardent un souvenir ému de ces samedis soirs où, juste avant X-Files ou Zone Interdite, défilait ce petit journal pas comme les autres, tour à tour informatif, fun et impertinent. Les différents animateurs, de Christophe Crénel à Laura Tabourin, ont chacun apporté leur touche tout en conservant l’esprit d’origine : parler de toute la musique, du classique au metal, sans snobisme et avec passion. L’émission a aussi servi de tremplin à plusieurs carrières d’animateurs (Héléna Noguerra s’est révélée au grand public via ce rôle, Sandrine Quétier a ensuite rejoint TF1, Gaël Leforestier a diversifié son parcours…).
Si l’émission n’existe plus aujourd’hui sous sa forme initiale, son nom a continué d’apparaître épisodiquement à l’antenne (notamment sur W9 pour des chroniques liées à l’actualité musicale jusqu’aux années 2010). À l’heure actuelle, l’héritage de Plus vite que la musique se retrouve dans la façon dont les médias traitent la musique à la télévision : des formats courts, rythmés, souvent diffusés en fin de journée ou en access prime-time, et visant à donner en peu de temps un aperçu de ce qu’il “faut avoir vu ou entendu” cette semaine-là en musique.
En résumé, Plus vite que la musique reste un souvenir emblématique de la fin des années 90 et du début 2000 pour les fans de musique et de télévision. Ce petit JT musical, avec son chien facétieux, ses génériques survitaminés et ses présentateurs charismatiques, aura prouvé qu’on pouvait traiter de culture pop et de musique à la télé de façon à la fois sérieuse sur le fond et légère sur la forme – une recette que beaucoup tenteront de reproduire par la suite, mais dont on n’a jamais tout à fait retrouvé la saveur unique. Ce qui est certain, c’est que pendant quelques minutes chaque semaine, M6 a effectivement réussi à aller “plus vite que la musique” et à capturer l’air du temps musical avec malice et passion.
